Germanique et scandinave

La mythologie germanique est intensément foisonnante de mythes, de légendes et de prophéties assez sombres, et de croyances profondes qui ont engendré notre civilisation d’Occident sans que nous en soyons conscients, et est de nos jours pratiquement oubliée.

Sa vision très noire du monde et des hommes, et sa grande lucidité sur leur devenir, a donné lieu à de très belles légendes et à des épopées fabuleuses à la fois sanglantes et poétiques.

Les mythes germaniques mentionnent ainsi souvent les dragons en les appelant worm, terme qui signifie « serpent ». Les langues anciennes d’Europe du Nord  utilisaient le terme worm (ou ses permutations) pour évoquer le Dragon : en vieil anglais wyrm, en haut allemand wurm, en vieux norrois ormr.

Une créature maléfique

Proue de drakkar
Proue de drakkar

A la différence du dragon chinois, élément essentiel de la tradition et de la pensée chinoise, le dragon scandinave est d’une part moins connu (même si les descendants des Vikings et des anciens Saxons vivent encore, les anciennes croyances germaniques ont presque complètement disparu, et très peu d’écrits demeurent) et d’autre part, il symbolise moins une entité d’esprit qu’une force maléfique.

Car le dragon des Vikings, celui qui ornait la proue des WDrakkars partis à la conquête du Monde vaste, n’est pas un philosophe : c’est un monstre, au sens antique et contemporain du terme. Engendré par des créatures mauvaises ou par des éléments hostiles, il déploie sa grande force à faire le Mal et à nuire, encore plus qu’aux hommes, aux dieux qu’il contre sans cesse. En ce sens, il est bien plus proche de la conception chrétienne du reptile sournois et tentateur que de la vision très colorée et philosophique des Asiatiques ; mais il faut se rendre à l’évidence que nous devons à cette mythologie-là plutôt qu’à celle de Confucius. Pourtant, elle nous est à présent si obscure qu’on la connaît bien moins que sa sœur d’Asie.

L’apparence reptilienne

Sigurdr tuant Fafnir
Sigurdr tuant Fafnir

Parler de dragon alors que tous les dragons du Walhalla semblent être des serpents n’est pas fortuit. La vision scandinave du dragon est tout à fait différente de celle, colorée et optimiste, des orientaux. Il ne faut pas oublier qu’un dragon est avant tout une créature écailleuse et de bonne taille, souvent pourvue de griffes et d’intentions douteuses. La plupart du temps, la comparaison s’arrête là entre le dragon d’Orient et le dragon occidental hérité des mythes germaniques et celtiques et plus directement du monde médiéval.

Si le dragon est bien une créature ailée crachant le feu, c’est que le  » dieu  » des Enfers chrétien règne sur un monde brûlant et sulfureux, et que l’une de ses incarnations se doit de posséder tous les attributs de sa charge. Or, si le feu n’est pas une si bonne chose pour les Germains, il reste néanmoins source de chaleur, donc de vie, et de puissance – un rôle guerrier rempli par WThor ou WOdin.

Les dragons scandinaves sont donc pour la plupart un mélange surprenant entre le serpent et le ver : le ver, c’est ainsi qu’on appelle volontiers le dragon dans les épopées saxonnes et notamment la plus célèbre d’entre elles, WBeowulf, où un héros attaque ce qui se révèle être un énorme serpent noir et venimeux. Dans les récits celtes en revanche, le dragon n’est que reptilien.

Témoignages

Ecriture runique scandinave
Ecriture runique scandinave

Il est impossible de connaître précisément la nature des croyances des anciens peuples germaniques. Développées bien avant l’ère chrétienne, elles nous ont été livrées par les historiens médiévaux qui les ont de beaucoup déformées, en raison surtout de leur paganisme évident.Et comme il y a excessivement peu de traces écrites de ces croyances, pratiquées par des peuples pour qui l’écriture n’en était encore qu’à ses débuts à leur origine, les seuls témoignages qui nous restent sont les sagas, ces fameux poèmes épiques vantant les exploits de héros prodigieux.

Cet ensemble de croyances est en vérité double : d’une part la mythologie d’origine scandinave, très ancienne et qui a jeté les bases complexes des religions européennes, et la mythologie germanique d’autre part, adaptée de la première un peu comme les Romains adaptèrent les mythes grecs. les noms employés ici appartiennent à la dénomination scandinave, et leur graphie est francisée tout en restant le plus possible proche de la version originale, impossible à transcrire avec les caractères modernes.

Cosmologie scandinave

Thor tuant Jormungand
Thor tuant Jormungand

Il était naturel d’attribuer au dragon-serpent une place aussi importante dans la cosmogonie nordique, lui qui symbolise si aisément l’union des contraires et la fascination de l’Inconnu. Pour ce que l’on en sait, cette cosmologie s’organise autour de dieux. Les principaux sont WOdin, dieu de la guerre ainsi que de la sagesse, son épouse WFrija, déesse du foyer, le dieu WThor au marteau terrible, qui protégeait le séjour des dieux (on ne peut s’empêcher d’évoquer Zeus, Héra et Héphaïstos) et WLoki le fourbe, principe du Mal.

Ces divinité enfantèrent des créatures telles que Jörmungand, un serpent géant tellement grand qu’il faisait le tour de la terre et se mordait la queue, d’autres terrassèrent des dragons maléfiques, combats dont sont tirés beaucoup de légendes.

Il y avait de nombreuses divinités secondaires dont beaucoup n’avaient pas grande importance ou fonction. Les dieux constituaient à l’origine une confédération de deux tribus guerrières, les Ases (une douzaine de dieux, les plus puissants) et les Vanes. La plupart des grands héros ou monstres étaient des descendants des dieux, dont les célèbres Walkyries, femmes superbes qu’Odin choisissait pour envoyer en apparition au guerrier le jour de leur mort.

Sinding Valkyrie
Sinding Valkyrie

Car dans la mythologie scandinave, la mort est omniprésente ; on pourrait même dire qu’elle est la principale préoccupation de chacun et surtout des hommes, mortels bien évidemment, mais qui ne sont pas à l’abri d’acquérir l’immortalité par de hauts faits. Il est noble et glorieux par-dessus tout de mourir au combat, l’épée à la main et le cri de guerre à la bouche.

Les Walkyries, guerrières casquées montées sur des chevaux aériens, survolaient les champs de bataille et portaient chance au plus valeureux des belligérants. Il n’était pas rare qu’elle emporte avec elle le plus beau des vainqueurs jusqu’au palais d’Odin où il festoierait, servi par elles, pour l’éternité.

L’éternité scandinave a une relative longueur : il est dit qu’au dernier jour du monde le Mal triomphera des dieux du Walhalla, et qu’un feu gigantesque embrasera tout l’univers, ne laissant plus que le néant. C’est Ragnarök, que sonnera WHeimdal :


Heimdal sonne Ragnarök